J'ai travaillé  dans un Centre de soins pour oiseaux sauvages pendant 4 ans. Aujourd'hui, j'ai de belles histoires à raconter.

Je tiens à vous présenter la mascotte du Centre. C'est un Milan royal, il est arrivé au Centre tout jeune, une légére blessure mal soignée à l'aile qui a créé son handicap et comme si celà ne suffisait pas, il fut nourrit et imprégnié par  l'homme. Tout oiseau qui ne peut reprendre sa liberté est euthanasié.

   

 Sauf Jules...C'est ainsi qu'il fut baptisé. S'il s'identifie entiérement à l'homme, il n'en reste pas moins un rapace. Absolument pas agréssif, il est devenu en trés peu de temps, une star auprés des photographes des journaux locaux et...qui n'a pas sur sa pellicule. JULES ?
 

L'aigle botté ! 

Un rapace que peu de personnes néophytes ont eu l'occasion de voir de loin dans les airs, et encore moins de près, est arrivé au Centre de soins. Le tenant dans les mains, je constate que si un adulte est très beau en plein vol, un juvénile d'Aigle botté (nom latin : Hieraaetus pennatus) est une grosse boule de duvet et de petites plumes d'une douceur infinie qui ne peut évoquer chez moi que de l'admiration.
« Botté », ainsi l'appelle-t-on parce qu'il a des plumes sur les pattes jusqu'aux serres.
Mais « beauté » pourrait-il être appelé, puisqu'il est magnifique.

Je regarde chez moi un document sur cette magnifique espèce pour voir comment les parents s'occupent de leur progéniture. Oh misère !!! je dois me transformer en « une grosse femelle Aigle » pour que ce petit m'aime mais, surtout qu'il n'ait pas peur de moi, sinon, il ne mangera pas ou de moins en moins et finira par mourir. Sur les conseils d'un éleveur de rapaces, je dois me substituer aux parents.

Il est tout petit dans son carton. Je lui prodigue des soins journaliers. Je siffle à mon approche au moment du nourrissage, je change quelques feuilles et brindilles du nid de fortune que je lui ai construit. C'est un mangeur de pigeons, c'est évident. Lorsque je lui tends un morceau de souris (morte), il refuse ce mets qui semble l'importuner.

De nombreux rapaces sont (si je les compare aux êtres humains), «effrontés, capricieux, ou mal élevés». Mais l'Aigle lui, ne réagit que «poliment, non merci, sans façon ». Il ne se jette pas comme un vorace sur les morceaux de choix. Il regarde les morceaux de viande que je pose vers ses pattes, avant de prendre délicatement son repas.

Lorsqu'il devient grand, juché sur son nid à l'extérieur dans une de nos grandes volières, il semble, à chaque fois, me dire «merci bien pour ce repas» ! Tout dans son comportement représente la noblesse de l'espèce, ni trop, ni pas assez. Il ne tue pas sa proie pour tuer mais pour vivre.

A son tour, comme ses grands congénères, il reprendra le royaume des airs.

       

   Ma premiére expérience avec un des plus grand rapace nocturne:

       Une couverture recouvre une grande caisse. Je mets des gants pour me protéger, je découvre et prends le majestueux volatile, un Grand duc d'Europe. Il semble faible et épuisé. Dans la salle de soins, je manipule délicatement l'aile gauche de l'oiseau et tente avec succés de remettre la téte de l'os de l'humérus dans sa cavité. Une radio nous rassure définitivement. Aprés une légère immobilisation de l'aile nous le mettons dans une grande voliére ou il se refugie et semble prostré. Sa tête énorme, ses yeux ronds aux pupilles dilatées...Il observe l'étranger qui dépose sa nourriture au sol. Il a également un probléme au niveau du bassin mais sans gravité. On ne circule plus vers les voliéres pour éviter de déranger le bel oiseau. L'attente de son rétablissement est longue. . .

Maintenant liberé de son immobilisation, il ouvre légérement ses ailes, gonfle son plumage, se dandine de gauche à droite et claque du bec. Il ne mange pas, il dévore, il est devenu virulent à mon approche. Le grand duc est maladroit mais ses énormes serres saisissent parfaitement les branches au sol...

Enfin, il peut étre relaché. Je me souviendrai toujours lorsque je l'ai attrapé, avec douceur et fermeté, pour lui mettre une bague du Muséum de Paris. L'impréssion que ce Grand duc mâle a produit : ses yeux vous scrutant au plus profond de vous même, sa puissance, son envergure,  ne peuvent inspirer qu'un seul mot:  RESPECT 

         

      Les deux compéres !

      Dans une grande volière tunnel, un rapace vole d’un bout à l’autre, virevolte et semble attendre la saison de la migration où il sera relâché. C’est un Busard cendré (nom latin : Circus pygargus), il est arrivé au Centre de soins car il était passé dans une botteleuse. Par chance très peu de plumes ont été arrachées, sans dommage pour le jeune oiseau...Cette espèce niche dans les champs de céréales. Le Busard est un prédateur de rongeurs et de  passereaux !!!

Un Rouge-gorge est entré par les maillons du filet dans la volière du Busard. Je tente alors de le faire sortir à plusieurs reprises. Mais le passereau rentre à nouveau dans la volière quelques heures plus tard et cela pendant plusieurs jours. Tans pis pour lui, il restera avec le Busard.

Le Busard est en train de manger. Le Rouge-gorge est tout près de lui, sautille et volette autour du rapace, puis s’approche encore et encore. Le rapace s’envole avec sa proie dans un coin de la volière, le Rouge-gorge le suit. Pendant plusieurs jours, j' observe ce manège et force est de constater que le rapace et le passereau « cassent la croûte » à tour de rôle. « D’abord moi » dit le Busard, « puis moi » dit le Rouge-gorge; pour finir les quelques restes s’il y en a encore !

Sur la même branche, les deux "extrêmes" se retrouvent pour faire leur toilette respective. Le Rouge-gorge : « et je lisse une plume et je sautille un peu plus loin ». Le Busard : « un grattouillis » de la pointe du bec sur le ventre, je lisse deux ou trois plumes et je déplie un peu mes ailes pour entamer un vol, qui serait majestueux dans la nature. Les deux compères resteront ensemble jusqu'à la tombée de la nuit...

     

Une expérience que je n'oublierai jamais !

 

L’oiseau est gigantesque lorsque l’on a la chance de le voir voler en plein ciel au dessus des nuages. Mais lorsque vous l’avez entre vos mains ou plutôt vos bras, cela change tout !

Au moment de l’ausculter, je n’ai pas les bras assez longs. Je suis obligée de le poser à même le sol dans une volière à l’extérieur afin de voir s’il n’est pas blessé…Il est très maigre. Je pose une couverture sur son large dos, de la nourriture près de son énorme bec. Pourvu qu’il mange, je n’ai guère envie de le gaver. Même s’il a plus peur que moi, il reste impressionnant ! L’oiseau se lève sans aucune difficulté. Encore stressé par ma présence, il se tapit à nouveau et semble ne plus vouloir bouger ! Encore un peu de patience, il se lève, observe la nourriture et l’ingurgite en un rien de temps....

Son envergure remarquable rend la grande volière tunnel minuscule. Il finit par « démolir » le toit des abris en se posant dessus et le filet ne tiendra pas longtemps. Il est en pleine forme le grand bébé (c’est un juvénile de 2 ans environ). Charognard par excellence, le Vautour fauve (nom latin : Gyps fulvus) se délecte des mets faisandés. Au début, cela me fait sourire, mais au bout de quelques jours... Les effluves sous le vent chaud de l’été qui proviennent de la volière où il séjourne semblent indisposer le voisinage !!! Comme je comprends !

Après avoir été bagué le Vautour sera acheminé par un garde de l’Office Nationale de la Chasse et de la Faune Sauvage, dans le Centre de Soins de Millau dont la structure est plus adaptée à cet oiseau. Il sera enfin transféré au Centre de Soins des Grands Causses pour être remis en liberté le 16 août 2005.

           

La ronde des oiseaux !

La texture de la plume du Balbuzard  pécheur (Pandion haliaetus) est fine et semble bien huilée. Quant aux serres, des coussinets bien rebondis lui permettent d’attraper un gros poisson, ce dernier ne peut s’échapper. Sur le corps, il a moins de plumes que la Bondrée apivore (Pernis apivorus). La Bondrée mange particulièrement des larves d’insectes, alors que le Faucon pèlerin (Falco péregrinus) se régale d’un Pigeon ramier (Columba palumbus).

La puissance du Grand duc d’Europe (Bubo bubo) n’est pas à discuter, mais l’ongle aiguisé de l’Epervier d’Europe (Accipiter nisus) pénètre dans la peau sans effort, pour un si petit oiseau sa force est extraordinaire. Le Gros bec casse noyaux (Coccothraustes coccothraustes) a une force de frappe incroyable avec son bec au point que rien ne lui résiste, de couleur fondu, il passe inaperçu.

L’immobilité totale du Hibou moyen duc (Asio otus), ses aigrettes dressées sur la tête, le corps allongé, arrive à « disparaître ». Le Milan royal (Milvus milvus) dès qu’il se sent en danger, reste lui aussi immobile. Posé sur une branche, il peut tomber sur le dos, comme tétanisé. Au moment où « ledit » prédateur veut l’attraper, le rapace lui assène un coup de serre, s’envole pour d’autres lieux.

Si le Pinson du nord (Fringilla montifringilla ) regagne les lieux de nidification nordique, et vit en bande le reste de l’année comme la Grive litorne (Turdus pilaris ) ; l’Hirondelle des fenêtres (Delichon urbica ) migre chaque année dans les pays du sud avec ses congénères, sillonnant le ciel en grand nombre pour ingurgiter un bon nombre d’insectes volants pour nourrir ses petits. Elle fera un nid grâce à sa salive et de la terre qu’elle colmatera près d’une de nos fenêtres. Le cingle plongeur (Cinclus cinclus ) collecte sous l’eau des matériaux pour construire son nid qu’il installera volontiers sous une cascade. Robuste, il s’accroche aux pierres avec ses griffes, alors qu’il est totalement immergé sous l’eau, l’eau glisse sur son plumage adapté à sa pêche comme pour le Balbuzard pêcheur (Pandion haliaetus).

 

  La "Pepette"

Au mois de  novembre 2005, une Chevêche d'Athéna (nom latin : Athene noctua) arrive au Centre. Ce petit rapace nocturne n'a pas de fracture, n'est pas maigre ni affaibli. En manipulant l'oiseau, je découvre une plaie trés importante et nécrosée vers l'intérieur du bec. La plaie doit être désinfectée et soignée plusieurs fois par jour. Les chances de sauver la petite chouette sont minimes à cause du risque d'une nécrose qui s'étendrait jusqu'à l'os du bec. La petite pensionnaire, exceptionnellement nommée « Pépette », n'a pas dit son dernier mot et rien ne l'empêche de manger, aussi elle grossit à vue d'oeil. Il est de plus en plus difficile de l'attraper quand vient l'heure des soins. Au fil des jours, nous constatons une nette amélioration, la peau saine autour de la plaie devient rose, la nécrose disparait et la cicatrisation est en bonne voie.

« Pépette », est bien rondouillette; si elle continue à ce rythme, elle aura du mal à s'envoler! Nous devons la mettre dans une volière pour qu'elle fasse de l'exercice en attendant d'être relâchée, après un mois de soins intensifs.

 Notre petite « Pépette », (l'oiseau que ma petite collégue et moi préférons...) sera donc baguée  avant d'être relâchée dans un coin accueillant .

 Pépette (nom latin : mignus robus)


                           




 
 
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